Essences fragiles
Diaphanes. Ainsi peut-on qualifier les oeuvres d'Agnès MAILLARD, tant la peinture s'y fait légère, presque vaporeuse, toujours entre apparition et effacement, faite de transparences et de réserves qui laissent alors voir le support qui peut être une toile, mais aussi la porte en bois d'une armoire ou les pages d'un livre. Un parti-pris qui affirme le désir d'aller à l'essentiel sans alourdir l'image par l'anecdote. c'est alors que le vide laissé par la peinture fait ressentir ce qu'elle a oté au regard, comme une absence qui serait quand même habitée par l'imperceptible. Une relation entre le visible et l'invisible, entre le présent et l'absent qui se retrouve également dans nombre de ses oeuvres. C'est le cas de Amies dans laquelle l'artiste a peint une jeune fille au bord d'un lac à la surface duquel elle contemple son propre reflet, et celui de son amie disparue. A moins qu'elle ne soit un fantôme que seule l'eau pourrait révéler. Un thème qu'elle reprend dans Présence où, cette fois, c'est une masse sombre qui se donne à voir. Un être dont on distingue des ailes sur le dos. Un ange dont la figure revient elle aussi souvent dans ses oeuvres. La peintre y matérialise alors cette fragilité de la présence qu'elle affectionne et qu'elle décline dans de nombreuses compositions. De même, nombre de ses portraits peuvent-ils être vus comme des manifestations d'esprits que la peinture permettrait de fixer, mais de manière fugace, imprécise. Tout comme le rêve qui disparait au réveil et dont on ne garde que des bribes plus ou moins claires, tout comme également ces spectres ou encore ces anges à la carnation instable et vaporeuse, la peinture d'Agnès MAILLARD interroge aussi l'impermanence dans des oeuvres où elle cultive le flou et l'indistinct. De sorte qu'elle donne à voir cette faculté qu'a toujours eu la peinture de faire exister l'inexistant et advenir le disparu, comme celle de fixer l'éphémère. Bertrand NAIVIN, 2022 |
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